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Un monde qui dort

Les Naufragés du Fol Espoir - Theatre du Soleil
Il y a des sentiments sur lesquels il est particulièrement difficile de mettre des mots.
Parmi les plus compliqués : l’horreur et l’amour. L’amour et l’horreur.

Ces jours-ci, j’ai ressenti les deux profondément.
Une tempête dans le cœur et dans la tête. Une agitation permanente d’émotions à apprivoiser et qui est peut-être ce que l’on appelle la vie.

Depuis ce vendredi 13 novembre, je suis, comme tous, bouleversée par l’horreur.
La dernière fois – comme il est terrible de parler des attentats de janvier comme de l’avant-dernier attentat -, la dernière fois j’étais en France et j’avais eu peur, j’avais été triste, angoissée et surtout je m’étais insurgée. Devant  les discours politiques incitant à séparer les bons des mauvais (les bons humains, les bons français), les récupérations politiques et donc économiques, les bons sentiments aveugles et sélectifs. La dernière fois j’avais été en colère pendant longtemps.

Depuis vendredi je n’ai même pas la force de cette colère. Pas la force de réfléchir, d’argumenter, d’être critique.
Depuis vendredi, j’ai les larmes aux yeux. Une fatigue, un mal de tête persistant, une grande tristesse. Et le sentiment d’avoir perdu – en plus de tous ces morts qui auraient pu être mes amis, mes proches ; qui sont les amis et les proches de mes amis et de leurs amis – d’avoir perdu encore un peu plus une certaine idée de la France…
De voir mon pays s’enfoncer chaque jour un peu plus dans la haine, la division, la guerre intérieure, l’ultra-surveillance, l’aveuglement, bref, dans « l’Etat d’Urgence ».
Et de me sentir moi-même inquiète pour mes amis parisiens, pour ma famille, inquiète pour leur sécurité. Avec cette peur terrible, qui me fait honte et que je refuse, mais qui pourtant reste là, sournoisement, dans un coin de ma tête : la peur de la prochaine fois ; des prochains attentats. Le sentiment qu’il faudra désormais faire avec cette menace (s’il vous plait, prouvez-moi que j’ai tort, que je me trompe, je ne demande que ça…).

Mettre des mots sur les sentiments : voilà pour l’horreur.
Parlons maintenant d’amour.

Car depuis un mois et demi j’ai eu l’incroyable chance de travailler aux côtés d’un artiste, musicien de théâtre et homme merveilleux qui a remplit mon quotidien de Soleil et m’a prouvé qu’il était réellement possible d’incarner et d’appliquer ces valeurs indispensables que sont la générosité, l’humilité, la sincérité et l’ouverture au monde.
La preuve qu’une autre humanité est possible, et qu’elle est splendide. Et que c’est seulement le cœur remplit de ces valeurs que nous pourrons lutter contre la sombre tristesse, contre la haine, contre la bêtise. En aimant les autres sans angoisses, sans peurs, sans jalousies, sans conditions comme il nous faut apprendre à aimer.

C’est pourquoi je décide de déclarer l’état d’urgence
l’urgence d’aimer,
de partager,
d’apprendre à donner et à recevoir,
de s’ouvrir au monde, aux autres, à tous,
d’ouvrir nos frontières comme nos cœurs
d’ouvrir nos yeux, de nous réveiller,
de lire, de regarder, d’écouter,
de ne pas croire aveuglement les journaux, les politiciens et les professeurs,
de chercher des sources contradictoires, d’apprendre à se faire sa propre idée,
de se rappeler qu’un autre monde est possible,
de le vérifier en regardant ailleurs,
en se documentant,
en voyageant physiquement ou de chez soi,
de ne plus attendre que ça passe,
que les autres s’en occupent,
de se sentir concernés,
de ne plus attendre demain,
de ne pas laisser nos espoirs faire naufrage,
de s’entraider,
de s’entr-aimer,

et ça commence maintenant.

El equilibrio amistoso

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Por lo general no me gustan muchos este tipo de celebraciones pero si me gusta el día del amigo porque es una buena escusa para pensar en toda la gente linda que conocí en argentina. Los que ya se fueron, los que siguen acá, los que no nos vemos mas pero que la pasamos muy bien en otro momento, los que no re queremos pero nunca llegamos a vernos, los que nos podemos estar una semana sin vernos, los que conozco desde mi llegada y los que conocí estos meses, argentinos, brasileños, chilenos, colombianos, italianos, españoles, franceses….

Cuando era chica, mi mama me mandaba durante el verano en colonia de vacaciones, pues ella quería descansar un poco de este trabajo full time que es ser madre. Pero yo ODIABA esto. Me gustaba viajar pero me parecía de lo mas hipócrita tener que hacerme amigos para 2 o 3 semanas con gente que nunca había visto antes y que no iba a volver a ver nunca. Lo veía como un gasto de energía, un esfuerzo inutil y mentiroso. Para mí, una amistad que no iba a durar toda la vida (o por lo menos un par de años) no era amistad y no tenía ningún interés.

Durante muchos años, seguí con este pensamiento extremista aunque mi mama ya no me mandaba en colonias y la mayoría de mis grupos de amigos en Francia eran (y son todavía) círculos cerrados en los cuales no se dejaba entrar cualquier desconocido. Grupos exclusivos.

Pero un día, se me entro la locura de rajarme de Francia y de ir a probar otro modo de vida en Argentina. Y ahí, llegando sin conocer a nadie, ni a nada, no tuve otra que hacerme la amiga de todos y de abrirme a los encuentros. Desde entonces, conocí mucha gente y en estos dos años y medio mi entorno cambio de forma muchas veces. Hubo muchos amigos de paso, algunos que estaban viajando, de intercambio otros que eran de acá pero que perdimos el contacto, muchos que no volveré a ver nunca. Pero todos me aportaron algo… Otras mirada sobre el mundo, otros proyectos de vida, otros acentos, otras culturas, otras comidas… Al final me di cuenta que no estaba gastando energía al pedo, que no estaba perdiendo algo haciéndome amiga aunque no fuese para toda la vida, pero más bien que cada persona podía tener algo para enseñarme y compartir, y yo con ellos. Que todo esto era enriquecedor. Y que aunque no fuese para siempre, estas amistades eran tan reales y sinceras como las otras. Creo que ahora salí o estoy saliendo (nunca terminamos de aprender) de este pensamiento del amigo-capital en el cual uno busca alguna rentabilidad relacional. Una de las lecciones de vida que recibí en Argentina (entre muchas otras) fue entonces esta: que ser generoso y abierto es la mejor manera de relacionarse con la gente y que las amistades efímeras también valen la pena. Con la amistad, no sirve ser rata.

En las relaciones amorosas también, muchas veces nos perdemos en la dialéctica de las etiquetas y de la jerarquización: chongo, amigovio, amante, novio, pareja, maridos… ¿Quien soy para el otro y quien es para mí ? ¿ qué me puede aportar ? ¿ hasta cuándo estará a mi lado ? Tenemos que llegar a dejar de pensar las relaciones en términos económicos y narcisistas y abrir nuestros corazones sin medir. Asi llegaremos al equilibrio…

(Pero del dicho al hecho…)

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De l’intranquillité

La vie à Buenos Aires est  inconstante, surprenante, intranquille.

Voilà 3 mois et demi que je suis revenue de mon séjour en France et mes plans n’ont cessés de changer. Les miens, et ceux des autres. Chaque mois a son lot de surprises et il est vite impossible de prévoir quoi que ce soit. Après 3 mois à essayer de lutter contre le courant, j’accepte à nouveau de me laisser porter. Sans doute mon séjour en France m’avait-il de nouveau conditionnée à un mode de vie organisé, réglé et prévisible que j’ai voulu ensuite injecter dans ma vie porteña. Quelle erreur ! En Argentine, pour vivre bien, vivons sans plans.

C’est ce qui fait tout le charme de Buenos Aires et aussi toute sa difficulté… Tout s’improvise. Rien de mieux pour apprendre à se débrouiller, à inventer, pour être ouvert et créatif. Le quotidien n’existe pas, ou alors seulement pour les plus aisés. Ici, plus qu’ailleurs, la stabilité est un privilège. Et cette année d’élections présidentielles promet d’être particulièrement incertaine.

Les argentins continuent d’avancer, au jour le jour, sans baisser les bras (à quoi bon, ça ne changerait rien ?). Je les admire. Leur constance se trouve logée là, dans leur persévérance. Et moi tout à coup, face à ce tourbillon de la vie qui n’arrête pas, qui n’arrête plus, je me sens si …. européenne. Et voilà que j’ai eu le tournis. Moi qui ai cru que je pourrais descendre du manège à tout moment, poser pied à terre, changer de rythme, je me suis bien trompée. On ne décide de pas de la vitesse du vent qui vous emporte, mais seulement des moyens de l’affronter.

Il m’a fallu réapprendre ces quelques notions de bases depuis mon retour. Et oublier tous mes plans. Aussitôt les choses ont recommencées à s’organiser d’elles-mêmes, les opportunités ont surgies à nouveau, pas celles sur lesquelles je comptais, mais d’autres inattendues.

Buenos Aires : faire confiance au bon vent, aller là où il nous mène.

Au final, c’est souvent un mal pour un bien.

De lo malo, lo bueno. 

L’intensité éclatante de ton départ

Paris, le 4 février 2013

Mon Jörgen,

Par cette seule amorce (ce si juste surnom que nous t’avons donné à Berlin) se révèle l’épaisseur de temps qui nous lie déjà. En cinq ans, tu as eu le pouvoir d’être avec moi tour à tour Emilia, Petra, ou bien Jörgen.

Je ne crois pas au hasard de ces noms. Dispensés avec légèreté, ils n’étaient pourtant pas insouciants, et ce n’est qu’aujourd’hui que je réalise leur force et leur signification : De l’ « Emilia » originelle, tu t’es lentement fondue dans la « Petra » errante et sulfureuse que nous fantasmions à nos heures d’ennui ; comme si, déjà, les murs gris de Paris te rendaient claustrophobe. Devenue « Jörgen » à Berlin deux ans après, ce n’était déjà plus le fantasme que frôlaient tes désirs mais un voyage réel qui mûrissait au fond de toi. Il faudrait te baptiser à nouveau, à présent qu’à sonné l’heure de ta mutation complète et grandiose :

Tu pars en Argentine. Tu pars sans plan, sans cartographie pour ta vie. Tu as compris ce que tant d’esclaves ignorent : le sens du « devenir ». Je ne peux que te féliciter de vouloir prendre la Vie au corps, d’une façon si belle et si radicale. Pour moi, qui pense à travers des livres, qui me laisse porter sur le rail tranquille des fonctions sans risque, ton geste est une révolution. Vainement, mon cerveau universitaire tâche d’y associer des héros sartriens et gidiens, mais je fais aujourd’hui aveu d’impuissance : Il m’est impossible de faire correspondre l’intensité éclatante de ton départ avec quoi que ce soit de littéraire et d’artificiel qui sonnerait auprès de la vérité, comme une fausse note.

Si je t’écris si longuement, c’est pour me convaincre (peut-être à tort) que ces mots ou leur souvenir sauront te redonner confiance les jours de doute, de grisaille ou de larmes (que je souhaite rares). Qu’ils te rappellent la cohérence de ton geste, de ce voyage, qu’ils fassent resurgir en toi l’image de la joviale Petra que tu as été, et qui brûlait de vivre dangereusement, caisse de dollars en main, pétoire sous le bras, cigarillo aux lèvres.

Je t’écris aussi parce que les occasions de parler sincèrement sont rares, occupés que nous sommes au train-train quotidien de nos déboires triviaux. Je voudrais te remercier une fois au moins de ce que tu as su être pour moi : souvent à l’écoute et d’une franchise désarmante, bienveillante et active dans ma vie, dans mes moments de doutes métaphysiques ou de troubles sentimentaux. Te remercier également de la force d’imagination où tu as su me maintenir, par ta propre créativité : nos soirées, nos risibles chorégraphies, sont autant de déclinaisons de cette créativité sans faille. Tu peux te vanter de savoir donner à l’Existence une intensité propre. Combien d’autres à part toi ? Ils sont rares, tu sais, ceux qui assument la tâche de remplir le vide insensé où ils trempent leurs jours.

L’intensité entraîne l’intensité, la folie douce se communique et je suis comme toi atteinte du « haut mal » de vouloir vivre avec ferveur. Quelle forme cela prendra-t-il ? Je l’ignore. Espérons seulement de cultiver toujours ce « grain » qui fait notre déséquilibre et notre force. Et interdisons nous de jamais parler mutuelle en buvant de l’eau pétillante…

Terminer sur quelques conseils pratiques, après cette apologie du danger et de la ferveur, me semble à la fois dégradant et nécessaire : car je veux que tu restes entière pour longtemps et je sais que Buenos Aires n’est pas un Havre de Paix. Prends donc soin de suivre méticuleusement les conseils que pourront te donner ceux qui connaissent le pays, et tout ira bien.

De mon côté, je me charge de thésauriser – en parfait banquier – les ressources nécessaires à ma venue, en espérant m’envoler le plus tôt possible.

Ici se clôt le domaine du connu, du prévisible, du « donné ». Je te laisse profiter à présent des joies du hasard et te fais un « hug » à l’américain (comme dans les films).

A bientôt,

J. (alias Pirate)

– – –

Cette lettre, mon amie J. me l’a donnée quelques jours avant mon départ en Argentine, il y a désormais plus de deux ans. Je l’ai bien sûr emmenée précieusement avec moi, pour la relire dans les moments de doutes. Beaucoup de choses ont changé dans nos vies respectives depuis mais pas notre désir de vivre pleinement et intensément. Depuis, J. a aussi abandonnée la langueur parisienne pour me rejoindre à Buenos Aires où nous avons continué de partager notre folie. Elle repart bientôt, mais ce ne sera que pour mieux se retrouver ailleurs. Cette lettre touchante, que je publie ici avec son accord, ne mérite pas d’autres commentaires. Tout y est dit. 

Ce que j’aime de Buenos Aires (1) – l’improvisation

Lorsque l’on me demande de but en blanc « pourquoi Buenos Aires ? », j’ai toujours du mal à répondre. Je bafouille en général quelques phrases décousues du genre « heu les gens sont gentils, la « buena onda », une ville dynamique, la culture partout, le théâtre tout ça… ». Si j’ai le temps de développer, j’explique que Buenos Aires n’est pas une « belle » ville selon moi, et que pour le touriste de passage elle n’a pas d’intérêt majeur, que c’est une ville « à vivre » plutôt qu’à voir. Une ville difficile à parcourir quand on ne la connait pas, le principal obstacle du nouvel arrivant étant le système de bus qui nécessite une formation intensive d’une semaine minimum avant de pouvoir être pratiqué en autonomie.

Mais pourtant il m’arrive assez souvent, devant une scène de la vie quotidienne, lors d’une rencontre ou d’une (re)découverte, de m’émerveiller et de me dire « voilà, c’est pour ça que j’aime autant Buenos Aires ». C’est ce qui m’est arrivé pas plus tard qu’hier soir, où j’ai vécu une soirée typiquement argentine…

La soirée a commencé par un raté : la tentative, avec une amie italienne et son copain fraîchement débarqué, d’aller voir un concert de musique klezmer gratuit dans le centre qui finissait en fait à l’heure on nous sommes arrivés. Pas grave, on est allés boire une bière artisanale dans le coin de San Telmo pour se réconforter, avant de se séparer ; eux pour aller déguster une bonne viande argentine, moi pour rentrer grignoter un morceau vers 22h avant de ressortir pour aller voir un spectacle de théâtre-danse à …. 23h30 ! J’embarquais dans cette aventure théâtrale nocturne un ami brésilien, spectateur novice, qui allait apprécier autant que moi la performance.

Il faut croire que les crises économiques et politiques successives ont permis aux Argentins de développer des aptitudes tout terrain, et lorsqu’il s’agit de spectacle vivant, une de leur spécialité est pour moi leur incroyable capacité à faire des choses merveilleuses avec trois fois rien. Le spectacle d’hier en était encore une fois la preuve: un plateau dépourvu de décors, quelques jeux de lumières simples pour tout habillage, deux acteurs et une chanteuse, mais quels acteurs ! et un texte admirablement efficace, drôle et touchant. Bref, une heure de plaisir. Le spectacle s’appelle « Todo Piola » (expression argotique très de « quartier », cf mon petit lexique porteño).

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En sortant du théâtre, évidemment la nuit ne faisait que commencer, il était à peine 1h du matin ! Que faire à cette heure à Buenos Aires ? Manger une bonne glace ! Oui, hier, il faisait très chaud… Je voulais ensuite découvrir un endroit dont j’avais entendu parler et qui avait l’air d’avoir tout pour me plaire : El Boliche de Roberto, à quelques cuadras de là où on était. Petit bar « notable » (: sorte de label officiel qui désigne des bars anciens et typiques, souvent avec les étagères et tables en bois, les rayons de vieilles bouteilles, les vieilles affiches sur des murs en pierre, parfois le jambon qui sèche accroché au bar…), c’est surtout un haut lieu de musique tango, et j’y allais pour ça. En arrivant devant pourtant, la première impression est mauvaise : beaucoup de monde, il fait très chaud, et le bar est plongé dans l’obscurité, avec seulement quelques bougies ça et là, et pas de musique… On entre malgré tout, « a ver que onda« , et on commande un « trago » (cocktail) qui se fait attendre. Et il n’y a plus de bières non plus !

Et puis tout à coup, sans qu’on ait rien vu venir, on entend le son d’une guitare et d’un bandonéon surgissant d’un recoin sombre du bar. Là dessus, un vieux monsieur qui ne paie pas de mine se met à chanter d’une voix profonde et envoûtante des airs de tango que je ne connais pas, mais qui me transportent.
La voilà encore une fois, la magie de Buenos Aires : 2h du matin, dans un bar sans lumière, sans bière fraîche, dans une chaleur étouffante, tous ces gens pourtant réunis dans la « buena onda ». Mon ami m’en fait la remarque : à Paris sûrement, il y a longtemps que tous les clients seraient partis depuis longtemps en râlant…

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2h30, la nuit n’est pas finie. Après ça, s’ensuivra une longue marche d’Almagro à Recoleta, un autre bar, quelques bières fraîches, et puis enfin, vers 5h30, rentrer dormir.

Samedi, fin d’après-midi, rien n’est encore décidé pour ce soir. On va sortir, c’est sûr, mais où ? Attendons de voir ce que la nuit porteña a préparé pour nous…

Partir/Choisir

||||  NB : cet article a d’abord été écrit en espagnol (lisible ici), avant d’être traduit en français, oui, parfois les choses se font dans un sens, parfois dans l’autre, c’est mystérieux aussi, l’envie d’écrire…  ||||

J’aime le mot partir car il existe en français comme en espagnol mais avec dans chaque langue des significations différentes bien que voisines. En français, partir c’est s’en aller, tandis qu’en espagnol il s’agit de diviser, de partager ou de rompre, selon le contexte.

Le voyage est pour moi une partida, dans tous les sens du terme : en espagnol ce mot, qui dérive du verbe partir, est riche de sens et signifie à la fois le départ, la division, la cassure, la partie de jeu.

Hier, Paris a salué mon départ d’un rayon de soleil. Aujourd’hui, Buenos Aires m’a accueillie dans la pluie.

Cortazar dit dans Marelle que chaque choix est aussi un renoncement, que « tout acte suppos[e] un partir de pour arriver à, un déplacer une chose pour qu’elle [soit] ici et non pas là »

Aujourd’hui je viens de rentrer en Argentine après 2 mois et demi passés en France à visiter ma famille et mes amis de là-bas. Que je sois d’un côté ou de l’autre, il me manquera toujours quelque chose. Je dis manque, mais ce n’est sans doute pas le mot juste, j’aime mieux y penser de façon positive : c’est aussi et surtout une richesse de savoir que dans deux coins du monde j’ai des gens et des lieux que j’aime et qui m’aiment.

« Home is where the person you love is ».

Je crois que voyager peut faire peur dans le sens où cela implique d’entrer dans un cycle de choix/renoncement permanent. Plus l’on connait le monde, plus l’on sait ce que l’on perd. Cela semble simple et pourtant ça génère une vertigineuse sensation d’incommensurable.

Beaucoup de gens préfèrent le confort, et je les comprends.

Moi je suis tombée amoureuse.

J’ai déjà écrit à ce sujet et je le redis : pour moi les villes sont comme les amours. On a toujours une part de choix. Choisir de rester ou non. Choisir de construire ou non. Choisir de subir ou de faire face. Et prendre le risque de se tromper. Je le répète : le pire risque est de ne pas prendre de risque. Mais je ne dis pas que ce soit facile, dans aucun des cas.

Et pour les villes comme pour les hommes, l’amour ne s’explique pas, il vient et s’en va comme ça. J’ai donc du mal à raconter ce que j’aime de Buenos Aires, car c’est un bordel total, et on le sait tous, et pourtant de ce bordel surgit malgré tout une sorte de magie fascinante – mais je connais aussi le chamuyo la séduction à l’argentine et ses belles paroles sans fond. Et même en sachant que tout n’est peut-être que théâtre, je choisir de croire que cette ville peut encore me réserver de belles choses. On verra bien. 2015 ne fait que commencer.

Aujourd’hui Buenos Aires m’a accueillie dans la pluie.

Cortazar Rayuela

Partir/Elegir

Me gusta la palabra partir porque existe tanto en francés como en español pero con significados diferentes aunque vecinos. En francés partir significa « irse », mientras en castellano se refiere a la idea de dividir, de compartir o de romper según el contexto.

El viaje es para mí una partida, en todos los sentidos.

Ayer Paris me despidió con sol. Hoy Buenos Aires me recibió con lluvia.

Cortazar dice en Rayuela que cada elección también es una renuncia, que “cada acto supone un irse de para llegar a, desplazar algo para que este aquí y no allá”.

Hoy acabo de volver a Argentina después de 2 meses y medio en Francia a visitar mi familia y mis amigos de allá. Que este de un lado o del otro, siempre me va a hacer falta algo. Digo falta pero no sé si es la palabra justa, porqué quiero pensarlo de manera positiva: también es una riqueza pensar que en dos lados del mundo tengo a gente y a lugares que amo y que me aman.

« Home is where the person you love is ».

Creo que viajar puede asustar porque implica entrar en un ciclo de elecciones/renuncias permanente. Más conoces el mundo, más sabes lo que te pierdes. Parece sencillo pero al final trae una vertiginosa sensación de lo inconmensurable.

Mucha gente prefiere lo confortable, y lo entiendo.

Pero yo me enamoré.

Ya escribí sobre este tema y lo vuelvo a decir: para mí las ciudades son como los amores.  Siempre se puede elegir. Elegir quedarse o no. Elegir construir o no. Elegir soportar o enfrentarse. Y tomar el riesgo de equivocarse. Ya saben: el peor riesgo es no arriesgarse. Pero no digo que sea facil. En ninguno de los casos.

Y para las ciudades como los hombres, el amor es difícil de explicar, surge y se va así. Me cuesta entonces decir lo que amo de Buenos Aires porque es un quilombo total, y esto lo sabemos todos, pero de este quilombo surge alguna magia fascinante – pero también sé del chamuyo argentino. Y sabiendo que puede ser todo puro teatro elijo creer y tener esperanza en lo que puede surgir para mí acá. Ya veremos. 2015 recién empieza.

Hoy Buenos Aires me recibió con lluvia.

Cortazar Rayuela